Le professeur d’histoire de Raphaël lui rend sa dissertation sur l’abaissement du droit de vote à 16 ans. Sa thèse tient la route et ses arguments sont étayés. Mais, à côté d’une phrase isolée vers la fin, il a écrit : « Tu présentes l’avis contraire, puis tu passes à autre chose. Où est ta réfutation ? »
La phrase en question : « Certains pensent que les jeunes de 16 ans ne sont pas assez mûrs pour voter, mais je ne suis pas d’accord. » Ce n’est pas une réfutation. C’est un désaccord auquel on a ajouté une virgule.
Une bonne réfutation montre précisément où l’argument adverse ne tient pas, pourquoi il ne tient pas et ce que cela change pour le sujet traité. Dans ce guide, vous découvrirez une méthode en quatre étapes, cinq façons de réfuter un argument, un modèle de paragraphe avec des exemples détaillés, des techniques pour le débat oral, des amorces de phrases, les erreurs à éviter et des exercices.
Qu’est-ce qu’une réfutation ?
Une réfutation est une réponse à un argument adverse qui montre pourquoi cet argument est faux, moins solide qu’il n’y paraît ou moins important que le vôtre. Dans une dissertation, elle occupe généralement un paragraphe. Dans un débat, c’est le moment où vous répondez aux propos de la partie adverse.
La réfutation est souvent confondue avec deux notions proches. Voici comment les distinguer.
| Terme | Définition | Qui le formule ? | Exemple (sujet : la semaine scolaire de quatre jours) |
|---|---|---|---|
| Thèse adverse | Une affirmation qui s’oppose à votre thèse | La partie adverse | « Une semaine scolaire de quatre jours nuirait aux apprentissages. » |
| Contre-argument | La thèse adverse et les raisons qui la soutiennent | La partie adverse (ou vous, si vous la présentez loyalement) | « Les élèves perdraient des heures de cours. Or, moins de temps en classe signifie généralement moins d’apprentissages, surtout pour les élèves en difficulté. » |
| Réfutation | Votre réponse, qui montre pourquoi le contre-argument ne tient pas ou pèse moins lourd | Vous | « Les établissements qui passent à quatre jours allongent généralement les journées restantes : le nombre total d’heures change donc peu. La fatigue liée à des journées plus longues est une autre question. » |
En cours, on présente souvent le « contre-argument et sa réfutation » comme un duo : d’abord exposer loyalement le point de vue opposé, puis y répondre. C’est le principe du paragraphe de réfutation que nous verrons plus loin.
Pourquoi réfuter un argument ?
Un texte qui ne présente qu’un seul point de vue ressemble à un discours commercial. Le lecteur qui défend la position inverse remarque l’objection passée sous silence et perd confiance. En l’abordant de front, vous montrez que vous comprenez le débat dans son ensemble, vous répondez à sa principale raison de ne pas être d’accord et vous gardez la maîtrise de votre argumentation.
Dans un débat, un argument laissé sans réponse est souvent considéré comme admis. Notre guide sur comment débattre aborde la préparation et la structure des interventions. Ici, nous nous concentrons sur l’art de répondre.
Réfuter un argument en 4 étapes : « Ils disent, Mais, Parce que, Donc »
La plupart des bonnes réfutations suivent le même déroulé en quatre temps. Appelons-le la méthode de réfutation en quatre étapes :
- Ils disent. Présentez l’argument adverse avec exactitude et concision.
- Mais. Indiquez ce qui ne va pas : quelle partie de l’argument échoue, ou pourquoi il pèse moins lourd.
- Parce que. Donnez votre raisonnement et vos preuves.
- Donc. Revenez à la question posée ou à votre thèse.
Reprenons la phrase de Raphaël avec cette méthode :
Ils disent : Les opposants estiment que les jeunes de 16 ans ne sont pas assez mûrs pour voter en connaissance de cause.
Mais : Nous n’imposons aucun test de maturité aux autres électeurs.
Parce que : Les adultes n’ont pas à prouver qu’ils comprennent les programmes politiques avant de voter. Or, beaucoup de jeunes de 16 ans travaillent déjà et conduisent.
Donc : Si nous n’exigeons pas des électeurs adultes qu’ils prouvent leur maturité, ce critère ne justifie pas à lui seul d’exclure les jeunes de 16 ans du vote.
Un adversaire habile pourrait encore répondre, mais cette fois, la réfutation fait avancer le débat. Le lecteur connaît l’objection, sa faille, les éléments invoqués et la conclusion à en tirer.
Que se passe-t-il quand on saute une étape ?
| Étape oubliée | À quoi cela ressemble | Le problème |
|---|---|---|
| Ils disent | Commencer directement par « C’est faux, parce que… » | Le lecteur ne sait pas à quoi vous répondez |
| Mais | Reformuler l’objection, puis revenir à votre propre argument | Vous esquivez le point soulevé au lieu d’y répondre |
| Parce que | « Cet argument est tout simplement faux. » | Vous affirmez sans rien donner à vérifier |
| Donc | Terminer sur un fait ou un exemple | Le lecteur doit deviner ce que cela change |
L’étape du donc est celle que même les bons rédacteurs oublient.
Commencez par présenter fidèlement l’argument adverse
Si vous déformez ou affaiblissez l’argument opposé, tout ce qui suit perd de sa valeur : le lecteur qui partage cet avis se dira « ce n’est pas ce que nous défendons ». Présentez le contre-argument comme le ferait son meilleur défenseur. Notre guide sur le steelmanning explique comment construire la version la plus solide d’une position adverse. Une réfutation qui répond à cette version vaut mieux que dix réfutations d’un homme de paille.
Cinq façons de réfuter un argument
Imaginez chaque argument comme une chaîne : des preuves sont reliées par un raisonnement à une conclusion, qui a certaines conséquences pour la question posée. Vous pouvez attaquer n’importe quel maillon. Ces approches correspondent de près aux quatre types de réponses présentés dans notre guide du débat, auxquels nous en ajoutons un cinquième.
1. Contester les preuves
Remettez les faits en question. La source est-elle fiable ? L’exemple est-il représentatif ou choisi pour arranger la démonstration ?
« Une seule ville où la délinquance a augmenté après l’ouverture d’un skatepark ne suffit pas à établir une tendance. Rien ne prouve non plus que le skatepark soit à l’origine de cette hausse. »
Cette approche peut être utile, mais elle est souvent insuffisante à elle seule : la partie adverse peut généralement trouver d’autres preuves.
2. Contester le raisonnement (rompre le lien logique)
Acceptez les faits avancés, puis montrez qu’ils ne mènent pas à la conclusion annoncée. C’est souvent la réfutation la plus forte, car elle reste valable même si tous les faits cités sont exacts.
« Même si les élèves qui utilisent leur téléphone en cours ont de moins bonnes notes, cela ne prouve pas que le téléphone soit la cause de cette baisse. Il se peut simplement que les élèves déjà désengagés le consultent davantage. »
Ces ruptures logiques correspondent souvent à des sophismes connus, comme la confusion entre corrélation et causalité ou l’argument de la pente glissante. Notre guide sur les sophismes vous aidera à les repérer.
3. Mettre les conséquences en balance
Reconnaissez que l’argument est fondé, puis montrez que le vôtre pèse davantage : ses effets sont plus importants, plus probables ou plus durables.
« Oui, commencer les cours plus tard complique l’organisation des bus. Mais dormir davantage profite à tous les élèves, chaque jour de classe, tandis que l’adaptation des transports relève surtout d’une réorganisation ponctuelle. »
4. Retourner l’argument
Montrez que l’argument adverse soutient en réalité votre position.
« Mon adversaire affirme que les devoirs apprennent aux élèves à être responsables. Mais quand les élèves copient les réponses ou que leurs parents terminent les exercices à minuit, ils apprennent plutôt à contourner une règle. Si l’objectif est de développer leur sens des responsabilités, mieux vaut donner moins de devoirs, mais des devoirs mieux conçus. »
Le retournement peut être puissant, mais il comporte un risque. Si la logique ne s’inverse pas vraiment, il ressemble à un tour de passe-passe verbal.
5. Concéder, puis relativiser
Admettez que l’objection est en partie valable, puis montrez qu’elle a une portée limitée ou qu’une autre solution existe.
« Certains salariés en télétravail souffrent effectivement d’isolement. Une journée mensuelle en présentiel peut aider à y remédier, sans qu’il soit nécessaire de supprimer le télétravail pour tout le monde. »
Faire une concession inspire confiance. Si vous reconnaissez un point juste, le lecteur sera plus enclin à vous croire sur le reste.
Quelle technique choisir ?
| Technique | Ce qu’elle attaque | À privilégier quand… | Attention à… |
|---|---|---|---|
| Contester les preuves | Les faits | Les preuves sont fragiles, dépassées ou sélectionnées de façon orientée | Ne pas s’enliser dans une bataille de sources |
| Contester le raisonnement | Le lien logique | Les faits sont exacts, mais la conclusion n’en découle pas | Ne pas paraître tatillon |
| Mettre en balance | L’importance des conséquences | Les deux camps avancent des arguments valables | Expliquer pourquoi le vôtre pèse davantage |
| Retourner l’argument | Le sens de l’argument | La logique adverse soutient réellement votre position | Ne pas forcer le raisonnement |
| Concéder et relativiser | La portée de l’argument | Le point est juste, mais limité ou facile à résoudre | Ne pas concéder plus que nécessaire |
Les réfutations solides combinent souvent deux techniques : « Leurs preuves sont fragiles et, même si elles étaient solides, elles ne démontreraient pas ce qu’ils prétendent. » Cette formule avec « même si » montre au lecteur que votre position tient même si votre première réponse échoue.
Modèle de paragraphe de réfutation pour une dissertation
Dans une dissertation argumentative, le paragraphe de réfutation se place généralement juste avant la conclusion ou après le paragraphe auquel l’objection répond le plus directement. Voici une structure fondée sur les quatre étapes :
- Transition et thèse adverse. Introduisez le point de vue opposé et formulez-le loyalement.
- Son meilleur argument. Expliquez en une ou deux phrases pourquoi il convainc certaines personnes.
- Votre objection. C’est le « mais ».
- Preuves et raisonnement. C’est le « parce que ».
- Retour à votre thèse. C’est le « donc ».
Consacrez environ un tiers du paragraphe au contre-argument et deux tiers à votre réponse. Si vous en dites moins, vous risquez de caricaturer l’objection. Si vous en dites plus, votre paragraphe commencera à plaider pour le camp adverse.
Exemple 1 : Faut-il imposer l’uniforme à l’école ? (contester le raisonnement)
Hana défend l’idée que l’uniforme ne devrait pas être obligatoire :
Les partisans de l’uniforme obligatoire affirment qu’il réduit le harcèlement en masquant les différences de revenus entre les familles. L’idée paraît logique : si tout le monde porte les mêmes vêtements, personne ne peut être pris pour cible à cause d’une tenue bon marché ou démodée. Pourtant, ce raisonnement suppose que les vêtements sont le principal signe de statut social entre élèves, ce qui n’est pas le cas. Même en uniforme, les élèves ont des téléphones, des chaussures et des sacs différents ; ils parlent aussi de leurs vacances. Tous ces éléments peuvent révéler le niveau de vie de leur famille. Le harcèlement ne dépend d’ailleurs pas uniquement des revenus : l’apparence, la personnalité et les amitiés peuvent aussi motiver les attaques, et l’uniforme ne les masque pas. Imposer une tenue commune efface donc une différence visible sans s’attaquer aux causes du problème. Pour réduire le harcèlement, les établissements devraient renforcer la vigilance des adultes et appliquer des sanctions claires, plutôt que d’adopter un règlement vestimentaire qui ne traite qu’un symptôme.
Les deux premières phrases présentent généreusement le contre-argument. « Pourtant » marque le tournant. Hana accepte le fait de départ (l’uniforme masque les différences vestimentaires), mais conteste la conclusion (il réduirait donc le harcèlement). La dernière phrase revient à sa thèse.
Exemple 2 : Faut-il interdire les voitures en centre-ville ? (mettre en balance)
Callum défend la piétonnisation du centre-ville :
L’objection la plus sérieuse à la piétonnisation du centre-ville concerne les petits commerces qui dépendent des clients venus en voiture pour se garer et faire un achat rapide. Cette inquiétude est légitime : les commerçants dont l’activité repose sur le stationnement dans la rue ressentiront les premiers effets du changement. Il faut toutefois comparer ce coût aux bénéfices d’un centre sans voitures. Les rues libérées du trafic peuvent accueillir davantage de piétons, de terrasses et d’événements. Les passants ont aussi tendance à prendre leur temps et à entrer dans plusieurs boutiques, plutôt qu’à s’arrêter pour un seul achat. Une partie des difficultés sera temporaire : des créneaux de livraison et des parkings à proximité peuvent faciliter la transition, tandis qu’un centre plus calme et plus sûr profitera à la ville pendant des décennies. Certains commerces devront donc s’adapter, mais la ville dans son ensemble, y compris beaucoup de ces commerces, a davantage à gagner qu’à perdre.
Callum reconnaît ouvertement le préjudice possible, puis compare l’ampleur, la durée et les solutions envisageables. Il ne prétend pas que les commerces ne courent aucun risque, ce qui le rend plus crédible aux yeux d’un commerçant.
Exemple 3 : Les réseaux sociaux sont-ils mauvais pour les adolescents ? (concéder, puis retourner)
Noor estime que l’école devrait apprendre aux adolescents à utiliser les réseaux sociaux plutôt que de chercher à les en éloigner :
Beaucoup de parents souhaitent que les adolescents restent complètement à l’écart des réseaux sociaux : ces plateformes les exposent aux comparaisons nuisibles, au cyberharcèlement et à des contenus conçus pour les faire défiler sans fin. Ces risques sont réels. Mais ils plaident pour l’éducation, pas pour l’interdiction. Si les plateformes sont conçues pour capter l’attention, les adolescents doivent comprendre comment elles fonctionnent. Une interdiction qui prend fin à 18 ans les laisse face aux mêmes plateformes, sans les avoir préparés. Les adolescents trouvent aussi des moyens de contourner les interdictions, ce qui rend leurs usages moins visibles pour les adultes susceptibles de les aider. C’est précisément parce que les risques sont sérieux que les élèves doivent apprendre à les reconnaître tant qu’ils peuvent être accompagnés. Un enseignement peut leur offrir cet apprentissage ; une interdiction, non.
Le retournement fonctionne parce que la logique s’inverse réellement : plus les plateformes présentent de risques, plus les adolescents ont besoin d’apprendre à les gérer.
Avant de rédiger, le générateur d’arguments IA peut faire ressortir les meilleurs contre-arguments à votre thèse, afin que vous répondiez à une objection sérieuse. Une fois votre texte écrit, l’outil de retour sur votre rédaction par IA peut vérifier que les quatre étapes sont présentes. Vous cherchez un sujet ? Notre liste de sujets de dissertation argumentative en propose de nombreux, avec des arguments solides dans les deux camps.
À vous de jouer. Choisissez un camp, puis rédigez un paragraphe de réfutation de l’argument que vous attendez de l’autre :
Réfuter un argument lors d’un débat oral
Dans un débat oral, vous n’avez que quelques minutes, parfois quelques secondes, pour répondre à ce que vous venez d’entendre. Les quatre étapes restent valables, mais sous une forme condensée. Quelques réflexes vous aideront à répondre clairement plutôt qu’à improviser dans la panique.
Prenez des notes structurées
Les débatteurs utilisent une prise de notes qui suit le fil des échanges. Pendant que votre adversaire parle, résumez chaque argument en quelques mots, sur une ligne distincte, en laissant de la place à droite pour votre réponse :
| Son argument | Ma réponse | Technique |
|---|---|---|
| L’uniforme réduit le harcèlement (revenus moins visibles) | Le statut social reste visible par les téléphones et les chaussures ; le harcèlement ne dépend pas que des revenus | Contester le raisonnement |
| L’uniforme fait économiser de l’argent aux parents | Coût initial, plusieurs tenues, fournisseur imposé | Contester les preuves |
| L’uniforme renforce la fierté d’appartenir à l’établissement | La fierté vient du sentiment d’appartenance ; même si c’est vrai, le gain pèse peu face à la liberté de s’habiller | Contester le raisonnement, mettre en balance |
Cette méthode vous évite d’oublier un argument et vous aide à repérer le plus important avant de prendre la parole.
Annoncez clairement vos réponses
À l’oral, personne ne peut revenir en arrière pour relire. Indiquez l’argument auquel vous répondez avant de développer votre réponse : « Ils ont avancé trois arguments. Je vais les reprendre dans l’ordre. D’abord, le harcèlement… » Numéroter vos réponses et conclure chacune par une courte synthèse (« cet argument ne tient donc pas ») permet au juge de suivre votre raisonnement.
Établissez des priorités sans hésiter
Vous aurez rarement le temps de répondre en détail à tout. Concentrez-vous sur l’argument auquel l’autre camp a consacré le plus de temps, sur celui qui pourrait à lui seul emporter la décision s’il était vrai et sur tout ce qui contredit directement votre meilleur argument. Regroupez les points secondaires pour y répondre rapidement : « Leurs deux derniers arguments reposent sur l’idée que les parents n’ont pas les moyens d’acheter des vêtements, point auquel j’ai déjà répondu. »
Gérez votre temps
Un repère utile : consacrez environ deux tiers de votre intervention à répondre au raisonnement adverse et un tiers à consolider et comparer vos propres arguments. Terminez par une comparaison : « Voilà pourquoi notre position l’emporte. » Gardez aussi un ton posé. Dire calmement « il manque une étape dans ce raisonnement » inspire plus confiance que de lancer « c’est absurde ».
Phrases pour introduire une réfutation
| Objectif | Amorces de phrases |
|---|---|
| Présenter le contre-argument | « Les opposants soutiennent que… », « Une objection fréquente consiste à dire que… », « L’argument le plus solide contre cette position est… » |
| Faire une concession loyale | « Il est vrai que… », « Cette inquiétude est compréhensible, et… », « Il faut reconnaître que… » |
| Introduire votre réponse | « Cependant… », « Pourtant, cela ne tient pas compte de… », « Ce raisonnement ne fonctionne plus si… » |
| Contester les preuves | « Un seul exemple ne suffit pas à montrer que… », « Aucun élément ne vient étayer l’idée que… », « Cette source ne porte que sur… » |
| Contester le lien logique | « Même si c’est vrai, il ne s’ensuit pas que… », « Cela suppose que… » |
| Mettre en balance | « Même en l’admettant, ce point pèse moins lourd que… parce que… », « Ce coût est temporaire, tandis que le bénéfice dure… » |
| Retourner l’argument | « En réalité, cet argument soutient plutôt… », « C’est précisément parce que… que nous devrions… » |
| Revenir à la thèse | « Par conséquent… », « Cette objection ne remet donc pas en cause… », « Voilà pourquoi… reste le meilleur choix. » |
Utilisez ces formules comme points d’appui. Des expressions toutes faites ne remplacent pas un véritable raisonnement.
Les erreurs fréquentes dans une réfutation
Caricaturer la position adverse
L’erreur la plus courante consiste à répondre à une version affaiblie de l’argument réellement avancé. Il est plus facile de contester « Mon adversaire veut que les jeunes passent leurs journées devant un écran » que « Mon adversaire pense qu’un usage accompagné des réseaux sociaux permet d’acquérir des compétences qu’une interdiction n’enseigne pas ». Quiconque défend la véritable position verra la différence. Posez-vous la question : l’autre camp dirait-il « oui, c’est bien notre argument » ? Si vous l’imaginez grimacer, reformulez l’étape « ils disent ».
Introduire de nouveaux arguments trop tard
Dans de nombreux formats de débat, les dernières interventions servent à répondre et à comparer les arguments. Les arguments entièrement nouveaux y sont ignorés ou interdits, car l’autre camp ne peut plus y répondre. Dans une dissertation, votre paragraphe de réfutation doit traiter une objection, pas introduire en douce un argument principal que vous aviez oublié. S’il est important, consacrez-lui un paragraphe distinct dans le développement.
Répondre superficiellement à tout
Certains débatteurs traitent la réfutation comme une liste à cocher : une phrase par argument adverse, sans approfondir. Ils obtiennent cinq réponses faibles au lieu de deux réponses solides. Mieux vaut répondre à l’argument décisif sur deux plans que survoler tous les points.
Affirmer sans expliquer, ou attaquer la personne
« Ce n’est tout simplement pas vrai » n’est pas une réfutation. « Évidemment qu’il dit ça, il n’a jamais enseigné » non plus. Toute réfutation a besoin d’un « parce que » qui porte sur l’argument, pas sur la personne qui l’avance.
Exercices pour améliorer vos réfutations
- Réécriture en quatre étapes. Trouvez une réfutation faible dans une ancienne dissertation ou un fil de commentaires, puis réécrivez-la en suivant les quatre étapes.
- Cinq réponses à un argument. Prenez l’affirmation « Les devoirs développent la discipline » et rédigez une réfutation d’une phrase pour chacune des cinq techniques. Laquelle est la plus forte, et pourquoi ?
- Renforcer avant de réfuter. Avant de répondre à un argument, formulez-le d’une manière que ses défenseurs approuveraient. Comparez ensuite votre réfutation à celle que vous auriez écrite sans cet effort.
- Réfutation en quatre-vingt-dix secondes. Demandez à un ami de défendre pendant deux minutes un sujet tiré de notre liste de sujets de débat. Prenez des notes structurées, puis répondez en quatre-vingt-dix secondes en annonçant clairement chaque point. Inversez ensuite les rôles.
- La chaîne des « même si ». Rédigez une réfutation avec deux « même si » : « Leurs preuves sont faibles. Même si elles étaient solides, elles ne démontreraient pas X. Même si elles démontraient X, Y compterait davantage. »
Yusuf, responsable d’un club de débat, commence chaque séance par le deuxième exercice. Au bout de quelques semaines, les nouveaux membres cessent de répondre « c’est faux » et se demandent plutôt « quel est le maillon le plus faible ? »
S’entraîner à réfuter avec l’IA sur Debatly
Le plus difficile, pour s’entraîner à la réfutation, est de disposer à tout moment d’un bon argument adverse, que l’on n’a pas rédigé soi-même. C’est là qu’un débat avec une IA devient vraiment utile.
Sur Debatly, plusieurs modèles et personnages IA défendent différentes positions sur votre question pendant plusieurs tours et répondent aux arguments des autres. Vous pouvez aussi prendre parti. À la fin, un juge compare les arguments et rend un verdict motivé. Vous découvrez le format ? Qu’est-ce qu’une salle de débat avec IA ? explique le déroulement d’une session.
- Lisez, arrêtez-vous, réfutez. Lancez un débat avec une IA sur le sujet de votre dissertation. Après l’intervention initiale du camp adverse, arrêtez votre lecture et rédigez votre propre réfutation en quatre étapes. Comparez-la ensuite à la réponse du débatteur de votre camp.
- Prenez vous-même position. Dans la salle de débat, défendez un camp et laissez les débatteurs IA vous répondre. Vous devrez réfuter des arguments que vous n’avez pas choisis, comme dans un véritable débat.
- Affrontez une critique tenace. Soumettez votre thèse à Petra, l’avocate du diable. Chacune de ses objections vous donne une occasion de vous exercer.
- Lisez le verdict. Laissez le juge Alex départager les positions. S’il retient un argument auquel vous pensiez avoir répondu, votre réfutation a probablement sauté une étape, souvent le « donc ».
Avant de rendre sa dissertation sur les réseaux sociaux, Noor a soumis sa question à un débat. Elle a rédigé un paragraphe de réfutation pour répondre à l’objection la plus forte, puis vérifié si le verdict du juge mentionnait un point qu’elle n’avait pas traité. C’était le cas, une fois : ce point est devenu son deuxième paragraphe de réfutation.
Voici deux questions qui suscitent des arguments solides dans les deux camps :
Une limite à garder en tête
Les débatteurs IA produisent des arguments fluides et assurés, mais une formulation convaincante ne garantit pas l’exactitude. Ils peuvent exagérer la portée des preuves, ignorer le contexte local ou répondre d’une manière séduisante qui ne résisterait pas à une personne bien informée. Certains ont aussi tendance à vous donner raison (notre article sur les raisons pour lesquelles l’IA vous donne raison explique ce phénomène). Demandez-leur donc explicitement de défendre la position opposée. Considérez l’IA comme un partenaire d’entraînement et vérifiez ses affirmations auprès de sources fiables avant de les reprendre dans votre dissertation.
Rédigez une réfutation cette semaine
Vous avez maintenant les outils nécessaires. Distinguez la thèse adverse, le contre-argument et la réfutation. Suivez les quatre étapes : ils disent, mais, parce que, donc. Choisissez votre technique : contester les preuves, rompre le lien logique, mettre les conséquences en balance, retourner l’argument ou concéder puis relativiser. Dans une dissertation, consacrez environ un tiers du paragraphe à présenter loyalement l’autre point de vue. Dans un débat, prenez des notes, annoncez vos réponses et établissez des priorités.
Cette semaine, choisissez un argument avec lequel vous n’êtes pas d’accord et rédigez une réfutation en quatre étapes. Écrivez-en ensuite une seconde avec une autre technique, puis déterminez laquelle est la plus convaincante.
Si vous voulez disposer d’arguments à réfuter quand vous le souhaitez, lancez un débat sur votre sujet avec Debatly et observez comment le juge évalue vos réponses. Essayez avec la dissertation que vous rédigez actuellement. Les formules sont présentées sur la page tarifs.
“Comment rédiger une réfutation : méthode en 4 étapes et exemples”